L’exposition


Qui est réellement Hubert Munier ?

Le paysagiste préféré des collectionneurs lyonnais ? Un naturaliste forcené œuvrant de longues journées sur chaque coin de verdure, chaque bout de rocher ? Mais aussi un homme qui sait nous surprendre et nous provoquer par son tournant soudain vers le portrait et les nus ? Un mystique atomiste qui, quel que soit le sujet, procède de « l’abolition des sentiments » pour « accueillir l’infiniment grand et l’infiniment petit tels qu’ils sont donnés » comme le diagnostiquait Jean-Jacques Lerrant ? Un absolutiste du regard aiguisé, à la loupe, jusqu’au vertige de la contemplation ? Un dessinateur d’une puissance et d’une maîtrise exceptionnelles dans la lignée des Dürer et Mantegna ? Un timide qui récuse les effets de style, la touche qui « impressionne », les expirations du moi ? Un « solidaire » qui cherche patiemment et nous fait partager les voies de l’harmonie et de la sérénité ?

Nature, nature ! Paradoxalement Munier ne met jamais d’humains dans ses natures. En revanche ses portraits sont comme des paysages habités, des territoires vivants, craquelures de visages paysans, rugosités des mains, vallonnements de chairs tendres. Portraits donnés tels des paysages. « On en reçoit l’évidence dans l’œil et l’esprit » (JJL).

Mais entre nous et la toile, quel mystère, quel désir inassouvi de connaissance, quel vertige conceptuel ! Serait-ce comme pour la « vérité » scientifique : plus on s’en approche et plus on s’en éloigne ! Ici plus on s’approche de la nature, sans fard, donnée pour une banale évidence, irriguée de lumière et plus elle se charge de nos émotions : est-ce bien réel ? quelle est ma place, mon destin dans cet univers-là ? d’où vient ce sentiment d’étrangeté ? est-ce seulement un arbre ? est-ce seulement une femme ?

La Collection de la Praye présente en septembre une sélection d’œuvres récentes d’Hubert Munier, à la fois peintures et dessins, paysages et portraits, toujours nature et nature.

Et l’artiste a invité le sculpteur Dominique Bajard à présenter certaines de ses œuvres, raku ou bronze de grande qualité : une contre-danse saisissante entre Nature et Culture. Voir l’artiste.

Autres œuvres exposées : Aubanel, Avril, Bourrat, Combet-Descombes, Cottavoz, Couty, Dulac, Geormillet, Giorda, Golay, Mouala, Peizerat, Pelloux, Raine, Riba, Schoendorf, Vidon.
- Jacques Fabry


Hubert Munier : mode d’émoi (J-Y Loude)


Devant un arbre, une montagne, un paysage, un paysan, un portrait, un nu d’Hubert Munier, face à ses représentations obstinément réalistes de la nature, des troncs, des ramures, des falaises, des bocages, des visages, des corps, des cieux, vient à l’esprit une énigme poétique que véhicule la pensée bouddhiste : « Au début, il y a la montagne ; ensuite, il n’y a plus la montagne ; enfin, il y a la montagne ».

Pour déchiffrer le subtil message, il suffit de retourner un tableau.
N’importe lequel.
Munier profite du bois des châssis pour écrire des notes, des poèmes, des invectives, et livre, au verso des toiles, quelques clés pour accéder à son état d’âme. Quatre mots reviennent comme un leitmotiv, presque un mantra : « Tout atome est Dieu ». Ou autrement dit : rien n’est plus trompeur qu’une évidence. La réalité en cache toujours une autre.

Attention, la classification d’hyperréalisme est à proscrire dans le cas de Munier, elle ne recouvre rien. Le mot adéquat serait « exactitude ». Ce terme fait partie de son vocabulaire.
De son mode d’émoi.

Dans chaque toile, l’exigence de l’exactitude est poussée à l’extrême, jusqu’à l’infime détail. Car, l’immensité ne saurait se passer du minuscule.
Comme dans l’énigme orientale, ce que vous captez à première vue est bien une montagne, un arbre, une femme nue, mais dans la plus flagrante illusion de la réalité.

À la seconde lecture d’un tableau de Munier, « la montagne n’est plus la montagne » : il s’agit bien d’une illusion, car ces grands corps vivants, composés d’écorces et d’éclats, de cristaux et cellules, d’atomes, sont eux-mêmes les parcelles d’une totalité fragmentée qui les englobe. Cet océan infini, cette « Totalité » où se fondra à terme toute chose, est difficile à concevoir tant nos esprits sont limités par l’étroitesse du champ de vision. C’est pourquoi Munier insiste : « Tout atome est Dieu ».
Mais, en fin de compte, « la montagne redevient la montagne » : on peut tout simplement retourner à l’image, se nourrir de la pure beauté, s’abandonner à la contemplation, laisser l’esprit apaisé, après la traversée des contradictions, jouir sereinement du chant de vision.

La peinture d’Hubert Munier serait un chant de visions.
Il dit lui-même de sa peinture qu’elle est « religieuse ».
« Une peinture de monastère, même avec des femmes nues ! »

Il faut entendre que l’artiste mène une existence monacale afin de réaliser des œuvres auxquelles l’impeccable exécution confère l’énergie des prières. Loin des agitations stériles, Munier peint avec la conviction d’agir pour l’apaisement du monde, à l’instar des érémitiques qui égrènent des pensées positives, ou comme les Tibétains qui libèrent des formules généreuses pour l’univers en faisant tourner les moulins de dévotion.
Peindre pour assécher la violence.

Peut-être a-t-il, à un moment de sa vie, côtoyé de trop près la violence ?
Enfant, la nature fut son refuge contre l’agressivité ambiante. Il lui restera fidèle en traduisant sans relâche son indicible beauté à destination des êtres attentifs, donc amoureux, ou l’inverse. Il en va de sa responsabilité de créateur. Apporter le bénéfique à une société distraite, c’est à dire trahie par de fatales distractions, souvent obscènes et étrangères au beau, notion de toute façon dévaluée sur les marchés de toute espèce.
Mais de cela, il se moque : il lutte seulement pour l’extension du calme.
Munier pousse la méfiance envers l’homo sapiens jusqu’à supprimer toute trace de son influence dans les paysages qu’il cadre. Pas un fil, pas un mur, pas même une maison. Ses œuvres sont supports d’admiration et objets de vénération, louanges adressées à une terre affranchie de toute menace. L’arbre règne sur ses paysages avec l’autorité de l’initié qui a le pouvoir de relier le ciel et la terre.

Et pourtant, un jour, l’humain entra dans la création d’Hubert Munier, l’homme d’abord, puis la femme s’imposa. Allait-on perdre dans ses portraits initiaux le fil de sa cohérence naturelle aux couleurs pacifiques, blanc, bleu, vert ?
Il y avait peu de risques.

Le premier être de chair à paraître sur la toile est un forestier, un complice de la nature, un homme dont les mains, grosses et douces, sont destinées à saisir des troncs d’arbres. La vieillesse marque ses traits. Le lien se fait naturellement par le noueux, le plissé, le rugueux d’un visage, comparables à ceux d’un tronc. Munier se plaît alors à arpenter les territoires surprenants de têtes façonnées par l’expérience, riches de taches et de sillons. Des paysages dignes de ceux de la montagne Sainte Victoire ! La vieillesse donne de la teinte et du relief aux corps, après l’érosion des pluies et du vent de l’âge ; elle fait remonter à la surface des peaux la profondeur des destins. Depuis, Munier réfléchit, par le double témoignage du dessin et de la peinture, la troublante beauté du vieillissement à l’ouvrage. Il donne de la valeur à cet espace de la vie que, d’ordinaire, les regards fuient et que les amuseurs professionnels camouflent derrière les modes d’un jeunisme aveugle. Mais, à ce jeu-là, les femmes opposent plus de résistance que les hommes, parfois fiers des stigmates du temps comme des soldats blessés et médaillés.

Alors, Munier offrit à la femme de la peindre nue.
Ainsi, après avoir marqué de son empreinte la longue tradition des paysagistes, le voici s’aventurant dans le chapitre foisonnant du nu féminin, avec son imperturbable goût pour l’exactitude et sa rigueur d’exécution monacale. On ne change pas l’essentiel, même si le modèle diffère.
En fait, diffère-t-il vraiment ?
Munier aurait eu, pour les femmes aussi, la tentation de magnifier les corps « embellis » par les intempéries de la vie, de glorifier le modelage des joies et des peines sur les chairs, creusant, distendant, sculptant, refoulant les lieux communs du lisse et du bien proportionné. Il l’a fait.

Mais, la jeunesse l’a rattrapé.
Alors, que faire de la simple beauté ?
N’allez pas croire que Munier explore ce genre de l’Histoire de l’Art pour le seul bonheur de se caler dans le sillage d’artistes dévots du corps féminin, qu’il avoue révérer, comme Botticelli le grand aîné, Ingres, Courbet (Ah ! Courbet !), Cabanel, Gérôme, Corot, même si, comme eux, il peint pour le plaisir des yeux, pour la pacification érotique des conflits, pour l’avancée des tolérances aux dépens des hypocrisies majeures.
Non, la réponse restera la même : « accomplir un acte religieux ».
Célébrer le fabuleusement beau. Après la splendeur de la nature, celle des femmes.
Le mot « vénération ». Encore.

Assurément, les femmes idéalisées de Munier échappent au banal. Elles intègrent des décors idylliques, donc improbables. Elles habitent nos plus profondes mythologies. Ce sont des déesses aux ventres féconds, des madones dévêtues, des Marie Madeleine allégées du poids de la culpabilité, des créatures sylvestre et aquatiques satisfaites d’être regardées. Ou encore des Vénus naissant des eaux pour s’impliquer à nouveau dans l’urgente mission de relier la terre au ciel, comme autrefois, quand l’humain imaginait la sphère surnaturelle proche et bienveillante, fortifiée par le principe féminin. Regardez comme les divinités de Munier sont immenses, foulant un horizon terrestre d’une extrême minceur, la tête à l’altitude des nues.
Les nues de Munier sont des apparitions. Des visions. Des entités remplies de compassion : « Voici mon corps gracieux, je vous l’offre sans clous ni croix. Ayez foi en votre propre vitalité ! »
« Apparition » est un mot-clé qui ouvre le coffre onirique d’Hubert Munier.

Enfant, l’austérité protestante le gelait, l’écrasait. Il se réfugia sous le voile des belles actrices du grand spectacle catholique. Il se mit à hanter les églises en quête d’un merveilleux favorable à la croissance des imaginaires. Il se laissa absorbé par la parade des anges et des saintes. Il peupla son monde mental d’images sulpiciennes et baroques. Il aménagea une clairière hospitalière pour que ses peurs y soient piétinées par des recours féminins terrassant l’absurdité de l’orgueil masculin.
Aujourd’hui, l’adulte Munier laisse ressurgir les créatures bienfaitrices qui l’ont nourri ; il peint par gratitude ses génies complices : sylphides alertes, mères consolatrices, Parques tisseuses de temps favorables, Vierges en lévitation, Grâces voluptueuses, baigneuses immergées dans une nature rêvée dont elles seraient l’émanation.

« Allez chercher la plus belle femme de la terre… Quand vous serez parvenu à l’illumination à force de prier sur ce tapis de chair, vos yeux s’ouvriront sur la réalité ».
« La chair comme tapis de prière ».
Voici un titre rassurant !
Munier cite volontiers le roman chinois de Li-Yu, écrit au XVIIe siècle. C’est un appel à l’extase sans voile, sans fard, très oriental, très spirituel, très étranger au péché, si peu monothéiste. Et si l’homme et la femme abandonnaient les peurs ancestrales qu’ils s’imposent réciproquement. Et si, un jour, ils détournaient l’humanité de la guerre, l’incitaient à construire la civilisation avec l’énergie que confère la jouissance. « Aimez vous les uns les autres ». Ayez toujours à l’esprit le tendre souci du plaisir de l’autre. N’entachez jamais l’acte sexuel de la commune vulgarité, car l’intensité sacrée du coït mène à la perception de l’Absolu.

Ainsi parlent les apparitions féminines de Munier.
On ne se lasse pas de leurs prophéties.

Jean-Yves LOUDE
15 août 2012


Biographie


Site de l’artiste

Hubert Munier vit en Beaujolais, un paysage en courbes et contre-courbes, heurté de vallons escarpés et prospères que peigne le piquetage régulier des vignes, dominé de villages d’or et de rouille, qu’habite et maîtrise en tous points l’homme. Mais pour Hubert Munier, l’homme est inquiétant ou médiocre s’il ne tente pas d’échapper à lui-même pour retrouver en une nature élevée et sereine le sens de son destin. Le grand pin dominant la plaine infinie, dans une toile exceptionnelle, est l’image de ce rayonnement sublime et solitaire.
Après s’être cherché dans les voies que lui proposait l’art moderne, de l’abstraction au surréalisme, il a trouvé ses maîtres dans la minutie émerveillée des primitifs italiens, l’effroi romantique de Kaspar David Friedrich, l’immensité originelle des paysagistes du Nouveau Monde. Il lui faut que la terre se perde dans ces cieux, noyé d’azur et surgie hors de ces ciels nés du sol que sont les brumes. Il aime que l’identité toujours répétée de l’herbe et du caillou, de l’arbre et du rocher, infinie et essentielle, soit notre mesure commune.
Hubert Munier avec Gaston Deferre et Germain Viatte
Par-delà les vignes et sur les hauts escarpements du midi, il y a saisi les impressions passagères et les conserve sur des documents photographiques d’une objectivité sans artifice. Le dessin préalable à la toile lui donne une dimension d’approche, son échelle, le rapport distendu de ses crêtes dans l’égalité finement modulée de lumières de la mine de plomb. Nous restituer les vêtures du silence ; Hubert Munier s’y emploie dans ses toiles en touches fines, superposées une à une, couvrant peu à peu l’identité familière des sillons, des ramées et des roches d’une étrangeté éblouie.

Germain Viatte (Musée Branly), 1974

Biographie
Hubert Munier peintre né en 1948 à Besançon (Doubs), autodidacte, vit et travaille à Beaujeu (Rhône). Il a beaucoup voyagé Japon, Inde, Europe (et dans sa tête, dit-il). Il s’inscrit dans la catégorie des « réalistes » poussant jusqu’à l’extrême son geste peint. Ses sujets sont directement concernés par la Beauté de la nature et du spectacle de la vie dans ce qu’elle a de « paradisiaque ».

Parfois, il : réalise le portrait de ses fils ou de « Annette » sa compagne. Il y a là une poésie reconnaissable des plus personnelles tant Munier dépasse le sujet pour transcender la simple vision du modèle.

Expositions : « La reine Pédauque » (76), Centre d’arts plastiques de Villefranche (77,98), galerie K Lyon, galerie Loeb-Fiac Paris (78), « Ateliers Aujourd’hui » n° 14 - Germain Viatte – Musée National d’Art Moderne Centre Pompidou, galerie Loeb Paris (80,85), « 7e foire d’art actuel » Bruxelles (80), « 13 artistes » salle Saint Jean Hôtel de Ville Paris (81), Salon de Montrouge (82), galerie Le Lutrin-Paul Gauzit Lyon (84,90,93,96), galerie du parc Genève (87), Centre culturel Léonard de Vinci ; Feyzin (88), galerie Jade Colmar (88-89), Vieille église Theizé (90), Little gallery Villefranche-sur-Saône, Espace Baudelaire (92), galerie Guy Crété Paris (93), Hôtel de Ville de Villeurbanne (2000).
Hubert Munier avec Muguette et Paul Dini
Collection:s Musée de Grenoble, Musée de Nuremberg, Musée Nat. d’Art Moderne, Fonds National d’Art Contemporain, Mobilier National, Télécom-Dijon, Coface, Banque Paribas Musée Paul Dini Villefranche-sur-Saône, Bibliographie : « Portraits d’Artistes » éd Le Progrès (1996).

Courtesy : B. Gouttenoire Dictionnaire des peintres lyonnais
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Dominique Bajard en résonnance


Dominique Bajard

Hubert Munier a invité son ami Dominique à présenter quelques unes de ses oeuvres en résonance avec son exposition. Les bronzes et céramiques présentés sont caractéristiques de ce sculpteur raffiné qui explore et transfigure les figures de la mythologie classique avec notamment une longue expérience du raku.

Né le 2 juin 1953 près de Lyon.
Études aux Beaux-Arts de Beaune et de Bourges.
1976 : Installation du premier atelier de céramique. Découverte du Raku
1989 : Bourse de recherche du Centre National d’Arts Plastiques sur le thème Terre/Bronze.
1991 : Lauréat du Concours « Inax Design Prize » et invitation 3 mois au Japon pour travailler dans l’atelier d’artistes du groupe de céramique industrielle INAX.
1997 : Invitation au neuvième symposium international de céramique de Panevezis en Lituanie.
2003 : Intervention à la 10eme conférence internationale de céramique de Melbourne (Australie).
2011 : Intervenant aux rencontres professionnelles de Bandol.

Principales expositions depuis 2000 :

2012 : “Peaux de terre” au château de Roussillon (38) - “Têtes à chapeau” au Musée du chapeau à Chazelles sur Lyon (42)
2011 : Galerie Anima(l), Lyon (69) - Les 30 ans de la Galerie Filambule (Lausanne, Suisse) - Galerie Grande, Saint-Paul de Vence (06) - Printemps des Potiers, Bandol (83) - Ecuries Saint-Hugues, Cluny (71) - Grange Dîmière, Le Pin (38) - Salon des Ys, Saint-Alban (42) - Céramiques insolites, Saint-Galmier (42)
2010 : Galerie Z, Aigues-Mortes (30).
2009 : Corps attitude, Bully 2008 : Maison de la Terre , Dieulefit - Fondation Renaud au Fort de Vaise, Lyon - Galerie Filambule à Lausanne (Suisse).
2007 : Résidence d’artiste à Arte Diem , Saint-Chamond.
2006 : Galerie Z , Aigues-Mortes - Galerie Filambule Lausanne (Suisse) - Galerie Pikinasso , Roanne.
2005 : « Carnets de voyage », Aubagne - Galerie de l’Hotel de ville, Yverdon-les-Bains (Suisse).
2004 : Galerie Keramaîkos , Arnhem (Pays-Bas ) - Galerie Paradijs , Woerden (Pays-Bas).
2003 : Charavines (38) - Galerie Etienne Dewulf (Gent,Belgique) - Galerie des Arts , Trigance.
2002 : Galerie Z, Aigues-Mortes - Centre international de céramique La Borne - Galerie des Arts ,Trigance - Galerie Pikinasso, Roanne.
2001 : Galerie des Arts ,Trigance (expo collective) - Galerie Terra Viva, Saint-Quentin-La-Poterie (expo collective).
2000 : Galerie Filambule, Lausanne (Suisse) - Galerie Moscato.Aix-en Provence - Galerie Terres et Traits, Lyon.

Réalisations pour l’architecture :

1991 :1% pour le collège de Panissières (Loire ) 1995 : Commande de la ville d’Aubagne pour la décoration des Ateliers Thérèse Neveu (Musée de céramique) 2009 : Réalisation d’une sculpture murale pour une clinique vétérinaire à Panissières (42).

Collections publiques :

Musée de Chateauroux, F.R.A.C Basse Normandie, Collection INAX, Tokoname (Japon), Musée municipal de Panevezis, Lituanie.


Un contemplatif (2001)


Égrener le réel jusqu’à la précision absolue, du brin d’herbe et du caillou au ciel, du pavé de la rue à la cheminée du toit, de l’orteil à la boucle de cheveu du portrait, et autant que possible dans l’abolition du sentiment, cela procède de l’exercice spirituel et de la révérence à l’égard de l’exposant. Une mise en vacuité pour accueillir l’infiniment grand et l’infiniment petit tels qu’ils sont donnés.
La peinture d’Hubert Munier, d’essence religieuse s’est fondée sur l’expérience du renoncement et de la contemplation. Par là, elle s’éloigne des comptabilités de l’art naïf, dont la poétique est autre.
Le cours de sa vie en témoigne, qui se déroule en épreuves d’initiations. « Profonde opposition aux normes » note-t-il d’abord de sa main, pour une courte biographie. Amour de la campagne. Allergie à la ville. Apprentissage à l’Ecole des Arts Appliqués de Beaune. Voyage en auto-stop en Europe et aux Etats Unis. Découverte de l’art comme moyen de connaissance à travers livres et musés. Essais de langages empruntés au surréalisme et à l’abstraction. En fin, la pierre de touche, la brutale interruption, l’arrêt de plusieurs mois dont il sort mortifié pas la lecture des grands livres, construit dans sa vocation. Lui.
Désormais, plus d’errance géographique, sinon quelques voyages vers les terres du soleil, plus de vagabondage stylistique d’une école à l’autre. Il s’installe en Beaujolais, se pose en face de la nature, en scrute l’espace à la loupe, se reconstitue lui-même en chaque parcelle.
Il sait dessiner bien, peindre exactement et sans effet et il sait plus que cela : peindre les arbres de « son » domaine dans leur particularismes et leur universalité, les plissements de « ses » montagnes en équivalence géographique de la planète, les immeubles de « sa » ville comme le campement de l’humanité et le corps nu de sa campagne en tant que territoire de la chair.
L’originalité de Munier tient à ce qu’il ne cherche pas à en avoir.
Son absence d’intervention personnelle, dans la relation du monde qu’il entreprend, façonne sa personnalité à la fois marginale et solitaire.
Tout par lui devient irréfutable, sans faille pour le doute. Le monde est. Simplement, il est. L’art philosophique de Munier relève de ce constat.
Au spectateur de ressentir l’étrangeté que confère à l’œuvre une considération égale pour la rouille sur les montants des serres du parc et pour les arborescences rares qu’elles abritent, d’éprouver confusion, effroi et émerveillement devant le magma de la création : criques ou refroidit la mer, falaise à l’assaut d’un bleu impavide, sapins, paraphant le parchemin du ciel ou fleur piquée dans un pot.
On ne pénètre pas dans une toile de Munier. On en reçoit l’évidence dans l’œil et l’esprit. Suspendant les mouvements des sphères, figeant sans recours respirations et frémissement. Il fait entendre le silence infini des choses et du corps. Il fait aussi partager sa lumière.

Jean-Jacques Lerrant Catalogue de l’exposition à Hauterives, avec la collaboration de la Galerie Le Lutrin.


Au delà du visible (2000)


Il y a chez Hubert Munier dans le rendu juste, précis, lumineux, le réalisme méticuleux, scrupuleux, avec lesquels il dessine et peint les êtres, les paysages et les choses, dans son fini plastique, le témoignage d’une fascinante admiration pour la Création, plus encore, d’une contemplation, d’une méditation devant elle.
Ses œuvres donnent l’impression, dans leur intense clarté, leur statisme, que l’air s’est retiré de l’espace, que tout écran, même infime, entre notre regard et notre monde a été effacé. Il en résulte la combinatoire de ce qu’il nous amène à accepter comme deux réalités évidentes, la perception ordinaire de notre environnement à laquelle se superpose, s’incarne une vision de l’éternité.
Le temps s’est arrêté, plus aucune tension n’en agite ou tourmente le cours.
Un apaisement, une rémittence, une sérénité, un figement des formes familières illusionnent dans un naturalisme qui paradoxalement conduit à la fantasmagorie.
En effet, l’artiste intègre au quotidien existentiel la transcendance dont il semble bien proche.
Il y a du religieux, plutôt du mystique chez lui et, à son propos, il est aisé de reprendre la pensée de Thomas d’Aquin selon qui toutes les réalités du monde visible sont riches d’une signification plus profonde.
Hubert Munier n’use pas de symboles ou de métaphores pour les exprimer, il se contente de les décrire, d’en révéler les infinis détails, car il appartient à ces rares privilégiés qui savent voir dans chaque personnage, paysage ou chose, leur essence, leur liquidité. Il ne vise pas à saisir une impression fugitive, mais bien à faire sourdre de ses thèmes, au-delà de leur temporalité, leur spiritualité.
La technique illusionniste dans laquelle il excelle n’est pour lui aucunement une fin, mais bien un moyen pour rendre l’au-delà du visible. Aussi, évoquer un hyperréalisme d’école à son égard serait à mon sens une facilité commode, car, en deçà l’acuité de son regard de la sureté de sa main, de sa virtuosité, du climat insolite mais rassérénant qu’il crée par la peinture d’un réel trop réel, il exprime fondamentalement une philosophie que féconde justement son écriture, et sans doute aucun, quelque chose d’autre qu’une philosophie, au-delà de la simple raison, l’intuition, le sacré.

Charles Gourdin
Adjoint chargé des Arts Plastiques et des métiers d’Art, Villeurbanne.


A Hubert Munier (1994)


Peindre des paysages est devenu un acte d’une portée singulière. La plus part des artistes s’y refusent depuis quelques décennies. La recherche éperdue de formes neuves et de nouveaux concepts explique peut être que le paysage soit à présent en situation d’exil. La crainte est grande, sans doute, de ne pouvoir par lui accéder à ce qu’il y a de plus aigu et de plus douloureux dans la relation contemporaine de l’homme et du monde. La volonté d’être moderne – qui se résout fréquemment à l’envie frénétique de paraitre moderne – induit une méfiance à l’égard de la peinture de paysage dont il est tentant d’imaginer qu’elle n’ouvre plus que sur une sphère d’intemporalité et de non - engagement.
Hubert Munier, qui est au moins aussi conscient que tout autre artiste du tragique au milieu duquel nous vivons, n’a pas fait cette impasse. Le paysage semble même pour lui le lieu même de la peinture. Il en a fait le lien majeur de son rapport au monde. Il y anime le théâtre de nos doutes, de nos désespoirs er de notre désir de renouer avec une harmonie apparemment inaccessible. A notre besoin de consommer inlassablement de la nouveauté, à notre goût désolant pour les images frelatées, à notre manie du commentaire il oppose ce qui nous parle le plus simplement. L’élévation de l’arbre, le fourmillement de l’herbe, l’inclinaison de la falaise et la chaleur de la lumière sont quelques-uns parmi les mots d’un long chant de louange qu’Hubert Munier développe de toile en toile. Célébration du simple, donc, quand il ne reste plus que l’immédiat et le non-transitoire du monde à célébrer, quand les espérances s’évanouissent les unes après les autres. Nos âmes, auxquelles plus personne ne s’adresse depuis longtemps, trouveront en ces peintures une profonde délectation qui ne leur évitera pas de s’interroger sur le mystère même qui continue de les habiter.

Olivier Cousinou


Quelques vies après C. D. Friedrich…. (1985)


Hubert Munier est un de ces peintres qui, sans agressivité tournent le dos à la problématique de la modernité. Sans qualificatif – « ni libre » « ni nouveau » « ni critique » celui-ci s’est décidé, après certes une période de tâtonnements, à être figuratif. Il lui importe pas d’inventer un mode de création, il ne lui incombe pas d’ajouter une pierre de plus à l’édifice baroque des élucubrations picturales. Lui, ne cherche plus son domaine. Il a arrêté de chercher. Le voici à présent sur sa chaise, dans son atelier, quelque part parmi les collines du Beaujolais.
Caspar David Friedrich. Arbre solitaire
En revanche, il nous appartient de ne pas nous tromper à son égard, de prendre le temps d’estimer la simple puissance qu’il y a dans ces nombreuses images de la Sainte-Victoire, du Lubéron et de la plaine de la Saône. Munier n’est pas non plus de ceux qui cultivent l’apparence pour elle-même, malgré toute l’évidence, tout le manifesté de ces lieux de rocailles et de végétations sèches et d’autres moins austères, composés autour d’arbres ou se concentrent mille essaims de particules vertes. Il s’agit plutôt d’un contemplatif – l’un des rares aujourd’hui – à qui suffisent les seules ressources du visible, et qui s’en nourrit sans plus désirer. C’est ainsi qu’il y a tout l’univers dans ces toiles tramées de patience où, chaque chose pesant de sa pleine présence, sont réunis implicitement la cause et son effet, le principe et la création. Le lieu de la mystique possède ses mirages, où se sont abusés de nombreux apprentis de la transcendance. Chez Munier, qui ne cache pas son appétit de spiritualité, la dimension religieuse est intérieure à la manière même du réel non pas comme un débordement incontrôlé, mais bien comme ce qui ne serait ni contenant ni contenu, un en soi du monde.
Et l’on pense à Caspar David Friedrich – à qui se réfère souvent Hubert Munier – qui ne peignait rien qui ne fût une émanation de l’intelligence du réel. Mais ici, l’arbre, la roche, le sol et le ciel sont les seuls éléments en quoi s’incarne l’existence, verticalité et horizontalité formant la figure simple du lieu ou se déploie la lumière unificatrice. Avec l’homme et ses artefacts, ont disparu aussi tous les signes de l’angoisse romantique du grand Allemand. Du stade du pressentiment et de l’espérance – de ce panthéisme vespéral et inquiet – on atteint avec Munier celui même s’il ne ressemble pas à l’extase, de l’accomplissement ou la souffrance est abolie. Les brumes levées, le plein jour établi, l’air est transparent et les croix sont inutiles. Il n’y a plus d’abbaye abandonnée, de tombes antiques, de navires qui gagnent l’horizon, mais simplement la falaise, l’étrange germination du calcaire et le pullulement de la touffe de végétation. Les images sont ainsi débarrassées de la subjectivité qui engendre les brumes et les symboles. Un tiers ou une moitié de la surface de la toile est réservée au ciel, le solide et l’immatériel n’étant que deux émanations complémentaires de l’existence, deux illusoires contraires. Le brin d’herbe et le tilleul majestueux, la parcelle de calcaire et la falaise, l’immense et le microscopique reçoivent un identique regard qui dissout la dualité et laisse entendre la grande respiration de la nature.

Olivier Cousinou, 1985


La montagne sacrée (1984)


En 1976, Hubert Munier quitte son atelier du Beaujolais et décide de montrer sa peinture à Paris. Rencontre avec Albert Loeb. Entente. Sa première grande exposition personnelle, il la fera à Beaubourg en 1979. Depuis ses toiles font l’objet d’achats réguliers du Fonds national d’art contemporain. Depuis février et jusqu’au 24 mas, une exposition au Lutrin donne l’occasion de voir à Lyon un fragment de son étonnante création.
A 36 ans, Hubert Munier vit toujours retiré sur une colline de vignoble, contemple la plaine de la Saône et rêve, les jours de vent du sud, à l’apparition des Alpes sur la ligne d’horizon.
La montagne. Elle occupe ses toiles, les partage juste avec le ciel. Une montagne recomposée avec le soucis maniaque de la précision et la « folie d’un pinceau chirurgical ». Une montagne de craie, falaise blanche qui capte la lumière du midi, et aveugle, muraille tourmentée par des failles à « géométrie féminine », sommet érodé, aplani en forme de table, d’autel primordial. Depuis des années, Munier approche la montagne Sainte Victoire près d’Aix. Chemin initiatique qui interdit l’accès présomptueux au faîte. A peine a-t-il dépassé les premiers plans de plaine, surmonté la brume qui se lève. Il se retrouve bientôt au pied du mur, scrutant « l’insupportable paroi » convulsée à la manière d’un rideau du Temple qui cache l’Essentiel….Chaque tableau constitue une étape.
La Sainte Victoire hyperréaliste de Munier ne doit rien à Cézanne, elle traduit plutôt une pensée « paradoxale » Zen : « Au début, les montagnes sont des montagnes. Au milieu, les montagnes ne sont plus les montagnes. A la fin, les montagnes sont à nouveau les montagnes ». Selon notre attachement à la surface des choses, à l’énergie des profondeurs ou enfin à leur pure essence. Hubert Munier contemple, peint « des milliards de détails » sur des élans rocheux en grand format, et laisse la lumière éclater sur ce tout. Quand il aura atteint (peut-être) le sommet de son élévation plate, alors peindra-t-il un pic, pointe supérieur du triangle cosmique ? Munier élabore sa propre mythologie. Synthèse assurément : l’Inde et toutes les terres-mères accouplées au ciel, le territoire du grand Waconda, Esprit des Sioux et l’idée des centres du monde. Religion plurielle. La bible aussi. Sa peinture en devient œuvre de démesure, inspirée par la précision de la Renaissance allemande (Durer) et aujourd’hui par la couleur italienne. Dans sa terre d’enfance, il creuse le sol pour trouver les clés de la matière, vit dans un univers de secrets archéologiques, élève des cactus pour ce que leur image dit de l’énergie et de la création. En définitive, il traque l’immuable apparent qui interroge la mort. Une légende africaine veut que Dieu ait crée les hommes, les tortues et les pierres immortels, en perpétuelle régénérescence. Humains et tortues préfèrent enfanter au prix de la mort. Seules les pierres respectent l’accord initial et perdurent. Saisir cette dureté.
Au début, les montagnes de Munier sont d’extraordinaires paysages ou l’excès de réel entraine la fascination du rêve. Evidence de la beauté. Au milieu, ses montagnes ne sont plus des montagnes, mais de constants rendez vous avec le sacré : de l’évidence au questionnement infini. A la fin, elles emplissent simplement d’un grand bonheur.

Jean-Yves Loude - Télérama Mars 1984


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