Torres, Estela

, par pierre

Estela Torres est née au Mexique en 1966, elle étudie les Beaux arts à l’Université de Monterrey et à la Glassell School of Art de Houston (USA) de 1991 à 1995. Ses recherches et sa thèse portent sur le dessin et la valeur expressive de la ligne, du trait et du point.
Depuis 1995 elle développe un journal quotidien qui traite de l’équilibre à trouver entre les différents statuts de femme/mère/artiste.
7 séries différentes ont été réalisées en France où elle s’est installée (à Lyon) en 2001.
Pages arrachées à des cahiers ou des blocs, toiles de 90 x 1.20 m, qui mélangent l’acrylique, le marqueur, des crayons de couleurs, du sang, fusionnent des esthétiques allant du dessin d’enfant à l’écriture automatique en passant par l’académisme et la bande dessinée sans n’être rien de tout cela. Ce refus ou cette incapacité à se positionner socialement dans un rôle déterminé entre la famille, les nécessités économiques et la réflexion artistique vont de pair avec son rejet des esthétiques établies.


© Juan Llaguno - 2005


Licence en Arts Plastique
Université de Monterrey, Mexique, 1990 - 1995
Glassell School of Art, Houston, USA, 1993, 1994.

Expositions personnelles
2011 « Constellation familliaire », Galerie Dettinger-Mayer, Lyon, France
2009 « Aspiration dedans », Espace Agora Tête d’or, Lyon, France
2007 « Peintures », L’ attrape-couleur, Lyon, France
2006 « Dessins, peintures », Galerie Dettinger-Mayer, Lyon, France
2004 « En attente » , Galerie Le Bal des Ardents, Lyon, Fr.
2004 « Dessins », Espacio Esquina Amarilla from Object Not Found, Monterrey, Mexique
2004 « Cahiers » Maison de l’Amerique Latine Rhone-Alpes, Lyon, France
2004 « Peintures » Galerie Gérard Chomarat, Lyon, France
2003 « De près » Espace Chateauneuf, Tours, France
2003 « Sacrée famille » Galerie Les Singuliers, Paris, France
2001 « Album de familia », Galería Emma Molina/ Ramis Barquet, Monterrey, Mexique
2000 « Anotaciones al Margen », Galería BF 15, Monterrey, Mexique
1996 « Líneas de expresión », Casa de la Cultura de San Pedro,
Garza García, Mexique
1995 « Trazos y destrozos », Casa de la Cultura de Guadalupe, Mexique
1995 « De cuerpo entero, apuntes de una mirada », Biblioteca Central de la Universidad de Monterrey, Monterrey, Mexique

Expositions collectives
2013 "Expression libre", Rabat, Maroc
2013 Portrait(auto)portrait, Fareins, Fr.
2008 Galerie Dettinger-Mayer, Lyon, Fr.
2008 Galerie Les Singuliers, Paris, Fr.
2006 « ImagEcrit » Espace St Louis, Bar Le Duc, Fr.
2006 « La présence de l’humain dans la peinture contemporaine » Château de Vourles, Maison Ravier, Morestel, Fr.
2006 « Violentes Femmes », Centre Culturel Français de Budapest, Hongrie
2005 Foire « SCOPE London », Galerie les Singuliers, UK
2005 « Salon de Arte », Galerie Arte AC, Monterrey, Mexique
2005 « Algunas propuestas », Association Jazz in Pink, Centro de Monterrey, Mexique
2005 « Violentes Femmes », Galerie Les Singuliers, Paris, Fr
2005 « L’art et ses sources libres » Fort de Vaise, Lyon, Fr
2005 « Violentes Femmes », Château de Tours, Tours
2005 Foire ARCO, Galerie Alternativa Once, Madrid
2004 « Dessins », le Bal des Ardents, Lyon
2004 Exposition « Violentes femmes » Maison de la Catalaneité, Perpignan
2001 « Billetes Verdes para todos » Alianza Francesa de Oaxaca, Méxique.
2000 Exposición inaugural, « Transiciones », Centro de las Artes, Monterrey, Mexique
2000 « FIAC » Stand BF.15, Paris France.
2000 « Art Frankfurt » Stand BF.15, Alemagne.
2000 « ARCO » Stand BF.15, Madrid, Espagne.
1999 « Reflection »,Miami Floride.
1999 « Mexican, Anyway », Galería BF.15, FIAC, Paris, France.
1999 « In Sitio », Casa Blanca de Montemorelos, N.L. Mexique.
1999 « ¿Quién todavía cree en Santa Claus ? », Gallery BF.15, Monterrey.
1998 « Tengo mas en la cajuela », Expo Arte Guadalajara 98, Mexique.
1998 « El retrato como pretexto », Gallery BF.15, Monterrey, N.L.
1997 « Apropiadas descripciones »,Gallery BF.15, Monterrey, N.L.
1996 « Homenaje a Enrique Guzmán », Monterrey, N.L.
1995 « Portafolio », Café Iguana, Monterrey, N.L.
1995 « Día de muertos », Biblioteca Central de la Universidad de Monterrey.
1995 « Carne Asada », Biblioteca Central de la Universidad de Monterrey.


Estela Torres - Paella - 2006

Un dessin solide enfermant une peinture nerveuse, à fleur de peau, et, parmis d’autres sujets les autoportraits d’Estela Torres (née au Mexique en 1966) qui pourraient être le fruit des amours inattendues d’Egon Schiele et de Frida Kahlo. L’artiste se joue de ces multiples références. Elle se représente, soumettant son corps de poupée à des contorsions impudiques ou grotesques. Des lignes d’écritures façon pattes de mouche viennent s’agglomérer à la couleur, s’organisant autour de sa silhouette, nous livrant avec volubilité ses pensées, renforçant l’idée de dévoilement d’une intimité. Estela Torres se met en boite, en observation, comme on le ferait d’une souris de laboratoire afin de l’étudier. Et l’artiste de s’amuser de ces déformations perspectives sur sa nudité facétieuse de femme-enfant, en plongée ou contre-plongée.
Et voila que son œil devient le nôtre, et que sa réalité nous est dépeinte et décrite toute entière, surexposée.

Publié à l’occasion de l’exposition "IMAGéCRIT" au centre d’art Espace Saint Louis à Bar le Duc en février 2006
Exposition qui regroupait Glen Baxter, Frédéric Bruly Bouabré, Gilbert Descossy, Miss-Tic, Paella ( ?) Chimicos, Raymond Petibon, Ody Saban et Estela Torres.

Exposition Frères (aspiration en dedans) - 2009

Qui sait voir ce qui se cache sous un visage ? Qu’y a t-il à voir d’ailleurs ?
Comme on peut ardemment désirer un au-delà de soi, le regard qui a soif d’altérité, et pour peu encore qu’il ait la chance de pouvoir s’y attarder, cherche sur le visage de l’autre l’accès, la porte étroite, qui mène à l’intime d’une vraie rencontre.
Pourtant les yeux, la vision, butent toujours d’abord sur le grain de la peau, cartographie en relief d’une vie, qui révèle autant qu’elle occulte comme un paysage accidenté, toujours d’après la chute, comme un rempart infranchissable qui ne permet souvent qu’un parcours de surface.
Comment dépasser l’évidence, comment voir « en dedans » ? Comment découvrir le sens profond de cette formulation particulière que sont une peau, ses accidents, son épaisseur, un regard, une attitude ?
D’abord il faut sans doute prendre le temps du regard, et ce temps il faut qu’il soit offert. Elle est précieuse, elle est rare cette humble acceptation de se laisser vraiment regarder par un autre, de laisser voir, peut-être, sous son apparence mondaine, le sens profond de la parole qu’on est.
Mais on a beau regarder, on a beau chercher, la porte étroite ne se trouve pas là, sous nos yeux. On peut y croire mais on entre pas.
Alors il faut faire le deuil de cette vision de l’autre, toujours irréductible et inaccessible.
Pourtant, faire le deuil de toute vision définitive ne veut pas dire renoncer à interpréter, à rendre l’hommage du regard, à rendre l’image offerte, pour dire « voilà ce que j’ai vu », pour témoigner. À défaut d’une vision absolue, une vision véritable.
Mise à nu délicate qui n’est souvent permise qu’aux yeux lavés des mystiques, des femmes qui enfantent et de quelques artistes.
C’est en celui qui sait regarder que se trouve la porte étroite, c’est en lui que débute le chemin vers l’autre. L’artiste est sans doute l’un de ceux qui possèdent le regard le plus avide et le plus patient. Il n’est ni un savant ni un sage, il reste ouvert à tous les possibles, il n’enfermera pas ce qu’il voit dans une équation définitive, il propose une interprétation dont chacun doit à son tour se saisir, il sait qu’il n’est qu’un relais.

Estella Torres est de ceux-là.
Ce qui frappe en premier lieu dans cette nouvelle série de peintures d’Estella Torres c’est la quasi absence du corps. Le corps, le sien d’abord, qu’elle a interrogé durant de nombreuses années comme pour le cartographier jusque dans les moindres replis de sa fragilité, dans les failles de sa finitude, le corps parfois grotesque mais toujours émouvant sous les coups de crayons et la couleur grattée, le corps est ici masqué. Le bel habit blanc de l’ordre dominicain le couvre presque uniformément, invitant à une certaine chasteté de la vision celui qui regarde chacune de ces épiphanies partielles (picturales ?). C’est un choix. Peut-être le désir de faire une pause, de s’élever l’âme, comme une retraite.
Que veut-elle regarder ?
Un visage, des mains, des pieds, voilà ce qui seul accroche le regard dans les grandes plages blanches de la toile. Pas de voyeurisme, pas de révélation exotique, seulement ce qu’il y a à voir de plus important chez ces hommes de foi engagés à la suite de Saint Dominique auxquels l’artiste a voulu rendre hommage.
Que veut-elle montrer ?
Un visage, le premier lieu de la rencontre, l’injonction fondamentale, et, pourquoi pas aussi, la manifestation de ce qui caractérise l’engagement de ces frères prêcheurs dans l’étude et la prière, en tension entre le monde et Dieu. Des mains, pour la prière encore mais aussi pour l’action, des mains mendiantes qui reçoivent beaucoup et qui donnent aussi, parfois usées. Des pieds qui tentent de suivre les traces de ceux qui les précèdent, des pieds de marcheurs comme ceux de Saint Dominique qui parcourait sans relâche les chemins du Languedoc, comme ceux de ce galiléen qui foulèrent le sol poussiéreux de Palestine et au nom duquel ils engagent leur vie.
Peu de chose au fond et d’abord beaucoup de retenue. Sous les traits de crayons et de pinceaux, sous les pigments grattés et recouverts, et regrattés, elle offre d’abord la possibilité de prendre le temps d’un face à face qui n’est que rarement offert.

Jocelyn Dorvault o.p.