Connaître Véronique Devignon

, par jacques

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Propos recueillis par Janine Rivais

Je suis artiste textile, plasticienne. Je fais des œuvres de fil. Je me sens bien singulière dans ma démarche. Même si j’utilise le fil comme beaucoup de gens dans le patchwork ou autres œuvres textiles, mon travail va au-delà de l’artisanat, et j’ai une démarche singulière.

Mon point de départ est d’interroger les expressions de la vie qui disent des choses sur " le fil ". On dit communément : " Etre dans de beaux draps ", " La vie ne tient qu’à un fil ", un couple " se raccommode ", une relation " s’effiloche ", on peut " tisser des liens humains "… Toutes ces expressions me touchent beaucoup. Elles nous accompagnent dans notre vie. Ces liens humains sont ce que j’essaie de représenter du bout de mon aiguille. Et de même que les humains sont différents, mes œuvres le sont également. Mes personnages n’ont jamais la même tête, la même allure. Comme les êtres humains… Singuliers donc !

(...) je prends de vieux matériaux. Je visite l’armoire à linge qui est tombée en désuétude… Et j’aime beaucoup la marque du temps sur les vieux draps, voire le raccommodage, les gestes pénibles du ravaudage ; tous ces gestes anciens qui étaient des gestes de labeur. Aujourd’hui, je raccommode avec des fils d’or, je mets en valeur tous ces gestes d’autrefois qui étaient pénibles : quand il fallait coudre les sacs de grain avec des fils de chanvre, c’était extrêmement rugueux, donc un travail dur. Je repense à ces mains qui ont travaillé de manière besogneuse, et je m’efforce de transformer cette création en plaisir, naturellement. Mais je garde ces matières simples, la ficelle pour nouer, et surtout le chanvre.

(...) j’aime que les matières aient déjà vécu, qu’elles portent la mémoire. Et du coup, on ne sait jamais quel âge ont mes œuvres. Elles peuvent être toutes récentes et porter déjà des marques du temps tellement lourdes !

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J’ai un côté précieux, méticuleux lorsque je veux faire des édredons, envelopper la vie dans mes petits coussins. Je peux passer 600 heures sur une palette qui ne mesure même pas 1m². Mais dans cette répétition, je trouve un rythme qui m’inspire pour écrire. J’écris beaucoup sur la couture. Et c’est en cousant de façon répétitive que je trouve l’inspiration de mes textes. Cela leur donne une cadence.

J’écris des poèmes sur le geste de coudre.

[**" Coudre à gros points raturés
Des tissus à la trame usée,
Des toiles fanées
Alanguies,
Apesées de secrets froissés… "
*]

Entretien réalisé à Banne, dans les Ecuries, le 18 juillet 2006.