Marie Lapalus : A propos de Sophie Coroller (extrait)

, par jacques

[**Vers l’immatérialité*]

La série de sculptures nommées par Sophie Coroller [**Verticales*] - soit six séries de six flèches en carbone et aluminium, associant le graphisme du premier matériau, dans des courbes parfaites, à la rigidité réfléchissant partiellement la lumière du second – a constitué ma première approche de son travail. La radicalité du propos et le cheminement vers l’imperceptible entraient en résonnance avec les choix esthétiques poursuivis par les conservateurs du musée des Ursulines dans le sens d’une abstraction construite.

A la modernité des matériaux utilisés – ceux-là mêmes mis en œuvre dans les technologies les plus avancées au service d’une industrie de pointe ou pour la recherche pure –, correspondait l’extrême simplicité des compositions. A l’efficacité de la droite et de la courbe répondait le noir et blanc. (...)

Sous le toit, dans l’atelier–cellule, s’élaboraient, depuis 1989 d’autres recherches qui éloignaient temporairement Sophie Coroller du dessin qui avait fait le cœur de son travail parisien. Se succèdent alors la quête du relief avec des fils tressés et des papiers de soie aux provenances rares (Thaïlande…), puis des séries d’écritures où s’imposent, dans des rythmes qui s’organisent sur le chiffre 6, verticales et horizontales.

En 1994, la série des « [** Ardoises*] » permet à l’artiste de se confronter à la matière mate et quasi noire du minéral. La brillance de ressorts en inox lui offre la possibilité de jouer avec les aspérités et la chaleur du matériau / support. Comme avec un « alphabet » inconnu, les lignes métalliques écrivent une partition subtile qui répond aux incisions des bois noirs et satinés de Jean-Michel Gasquet. Avec l’étape suivante, Sophie Coroller se libère du plan et du carré par l’appropriation de la troisième dimension. [**Ligne de fuite, Totem, Esquisse*] dans l’espace composent autant de séries où le jonc de carbone s’allie au méplat en aluminium. (...)

Les [**Transversales*], qui en quelques points effleurent le mur, disent bien, comme Sophie aime à l’écrire qu’elles « esquissent les nouvelles lois de la non pesanteur, du non-attachement, des tangentes de liberté. Les Calques sont autant de kakemono où le signe translucide scande la surface flottante du support en polyester, mat et d’un gris doux. Bientôt ils seront remplacés par un tressage, en fibres de verre et carbone permettant à l’artiste de renouer avec cette pratique à partir de matériaux qui n’ont rien d’ancestraux. (...) Plus le matériau est éloigné de sa fonction première par l’usage plastique qu’en fait Sophie Coroller, plus elle s’acharne, retourne au métier, défait pour reprendre la rarissime matière. Par les rythmes créés, elle démultiplie les potentialités perceptives de l’œuvre.

Paradoxalement, moins il y a de la lumière dans l’espace d’exposition, plus les infimes nuances de couleurs se révèlent. Telles sont les [**Lumières Inside*], colorées et cinétiques. (...) Aujourd’hui Sophie Coroller travaille une sorte de grillage en fibre de verre translucide qu’elle évide selon une règle qu’elle s’impose et d’elle seule connue. Puis un ruban en fibre de verre, dont la fabrication n’existe plus à ce jour, est introduit dans la trame. Il s’agit alors moins d’un tressage que d’une ponctuation.

Marie Lapalus
Conservatrice
Musée des Ursulines (Macon)