A Hubert Munier (1994)

, par jacques

Peindre des paysages est devenu un acte d’une portée singulière. La plus part des artistes s’y refusent depuis quelques décennies. La recherche éperdue de formes neuves et de nouveaux concepts explique peut être que le paysage soit à présent en situation d’exil. La crainte est grande, sans doute, de ne pouvoir par lui accéder à ce qu’il y a de plus aigu et de plus douloureux dans la relation contemporaine de l’homme et du monde. La volonté d’être moderne – qui se résout fréquemment à l’envie frénétique de paraitre moderne – induit une méfiance à l’égard de la peinture de paysage dont il est tentant d’imaginer qu’elle n’ouvre plus que sur une sphère d’intemporalité et de non - engagement.
[**Hubert Munier*], qui est au moins aussi conscient que tout autre artiste du tragique au milieu duquel nous vivons, n’a pas fait cette impasse. Le paysage semble même pour lui le lieu même de la peinture. Il en a fait le lien majeur de son rapport au monde. Il y anime le théâtre de nos doutes, de nos désespoirs er de notre désir de renouer avec une harmonie apparemment inaccessible. A notre besoin de consommer inlassablement de la nouveauté, à notre goût désolant pour les images frelatées, à notre manie du commentaire il oppose ce qui nous parle le plus simplement. L’élévation de l’arbre, le fourmillement de l’herbe, l’inclinaison de la falaise et la chaleur de la lumière sont quelques-uns parmi les mots d’un long chant de louange qu’[**Hubert Munier*] développe de toile en toile. Célébration du simple, donc, quand il ne reste plus que l’immédiat et le non-transitoire du monde à célébrer, quand les espérances s’évanouissent les unes après les autres. Nos âmes, auxquelles plus personne ne s’adresse depuis longtemps, trouveront en ces peintures une profonde délectation qui ne leur évitera pas de s’interroger sur le mystère même qui continue de les habiter.

[*Olivier Cousinou*]