Un contemplatif (2001)

, par jacques

Égrener le réel jusqu’à la précision absolue, du brin d’herbe et du caillou au ciel, du pavé de la rue à la cheminée du toit, de l’orteil à la boucle de cheveu du portrait, et autant que possible dans l’abolition du sentiment, cela procède de l’exercice spirituel et de la révérence à l’égard de l’exposant. Une mise en vacuité pour accueillir l’infiniment grand et l’infiniment petit tels qu’ils sont donnés.
La peinture d’[**Hubert Munier*], d’essence religieuse s’est fondée sur l’expérience du renoncement et de la contemplation. Par là, elle s’éloigne des comptabilités de l’art naïf, dont la poétique est autre.
Le cours de sa vie en témoigne, qui se déroule en épreuves d’initiations. « Profonde opposition aux normes » note-t-il d’abord de sa main, pour une courte biographie. Amour de la campagne. Allergie à la ville. Apprentissage à l’Ecole des Arts Appliqués de Beaune. Voyage en auto-stop en Europe et aux Etats Unis. Découverte de l’art comme moyen de connaissance à travers livres et musés. Essais de langages empruntés au surréalisme et à l’abstraction. En fin, la pierre de touche, la brutale interruption, l’arrêt de plusieurs mois dont il sort mortifié pas la lecture des grands livres, construit dans sa vocation. Lui.
Désormais, plus d’errance géographique, sinon quelques voyages vers les terres du soleil, plus de vagabondage stylistique d’une école à l’autre. Il s’installe en Beaujolais, se pose en face de la nature, en scrute l’espace à la loupe, se reconstitue lui-même en chaque parcelle.
Il sait dessiner bien, peindre exactement et sans effet et il sait plus que cela : peindre les arbres de « son » domaine dans leur particularismes et leur universalité, les plissements de « ses » montagnes en équivalence géographique de la planète, les immeubles de « sa » ville comme le campement de l’humanité et le corps nu de sa campagne en tant que territoire de la chair.
L’originalité de [**Munier*] tient à ce qu’il ne cherche pas à en avoir.
Son absence d’intervention personnelle, dans la relation du monde qu’il entreprend, façonne sa personnalité à la fois marginale et solitaire.
Tout par lui devient irréfutable, sans faille pour le doute. Le monde est. Simplement, il est. L’art philosophique de [**Munier*] relève de ce constat.
Au spectateur de ressentir l’étrangeté que confère à l’œuvre une considération égale pour la rouille sur les montants des serres du parc et pour les arborescences rares qu’elles abritent, d’éprouver confusion, effroi et émerveillement devant le magma de la création : criques ou refroidit la mer, falaise à l’assaut d’un bleu impavide, sapins, paraphant le parchemin du ciel ou fleur piquée dans un pot.
On ne pénètre pas dans une toile de [**Munier*]. On en reçoit l’évidence dans l’œil et l’esprit. Suspendant les mouvements des sphères, figeant sans recours respirations et frémissement. Il fait entendre le silence infini des choses et du corps. Il fait aussi partager sa lumière.

[*Jean-Jacques Lerrant*] Catalogue de l’exposition à Hauterives, avec la collaboration de la Galerie Le Lutrin.